L’Inde fait un pas de géant pour l’humanité en décriminalisant l’homosexualité

Quand le penseur allemand Goethe a dit : « Je suis ce que je suis, prenez-moi comme je suis », il n’aurait pas pu imaginer que sa citation profonde serait invoquée des siècles plus tard pour décriminaliser l’homosexualité et mettre fin à des siècles de stigmatisation auxquels la communauté LGBTQ a dû faire face dans la civilisation ancienne qui a tant donné au monde : l’Inde.

Le 6 septembre, la Cour suprême de l’Inde a rendu une décision qui restera à jamais gravée dans les mémoires comme un grand pas en avant pour l’humanité. Elle a décriminalisé l’homosexualité dans une décision de 495 pages qui faisait des références à Shakespeare, à John Stuart Mill et à des précédents établis dans d’autres sociétés, dont notre propre Canada.

La Cour suprême a supprimé l’article 377 de la Constitution indienne qui interdisait les relations homosexuelles, mettant ainsi fin au statut de paria de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et queer (LGBTQ) dans la plus grande démocratie du monde.

Les cinq juges ont rendu quatre jugements distincts, mais simultanés pour sceller l’affaire, mettant fin à une bataille de plusieurs décennies au cours de laquelle la droite religieuse indienne a diabolisé la communauté LGBTQ de la manière la plus vicieuse et la plus désobligeante qui soit. Cependant, elle n’a pas réussi à passer le test de leçons et sermons moralisateurs tant vantés qui ont amené les prêtres chrétiens à faire alliance avec des religieux islamiques pendant qu’un segment des hindous boudait, ce dernier ne reconnaissant pas les relations homosexuelles comme un « péché » ou un acte immoral.

Le juge en chef Dipak Misra a cité Shakespeare alors qu’il donnait lecture de la décision unanime de cinq juges de légaliser les relations homosexuelles.

« Qu’y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons une rose sentirait aussi bon sur n’importe quel nom », a dit Misra, reprenant une phrase de « Roméo et Juliette », alors qu’il renversait l’article 377 homophobe de la Constitution indienne.

Pendant que je regardais la communauté LGBTQ, leurs familles et d’innombrables partisans dansés de joie à Delhi, les autorités des églises chrétiennes et des institutions islamiques réagirent avec consternation et colère.

L’All India Muslim Personal Law Board (AIMPLB), qui s’est autoproclamé, a dénoncé le jugement de la Cour suprême en envoyant un gazouillis : « Légaliser l’homosexualité est contraire aux valeurs et à la culture indiennes. Aucune religion ne permet l’immoralité. Le gouvernement doit adopter un projet de loi pour protéger les droits des femmes qui sont les principales victimes de l’homosexualité légalisée. »

Les mollahs qui dirigent l’AIPLMB ont été fermement dénoncés même par la communauté musulmane.

Irfa Jan, jeune écrivaine et militante musulmane du Cachemire, a répondu sur Twitter : « Qui vous a donné la légitimité de parler au nom de tous les musulmans de l’Inde [AIPLMB]? Avez-vous été élu par eux comme votre nom l’indique? Un organisme étrangement choisi ne peut pas représenter 100 millions de personnes diverses, multilingues et multiculturelles. VOUS NE ME REPRÉSENTEZ PAS. »

Comme si la réaction homophobe du conseil d’administration musulman ne suffisait pas, un autre groupe de religieux islamiques indiens, les Jamiat Ulema-e-Hind, s’en sont mêlé. Maulana Mahmood Madani, secrétaire générale du groupe orthodoxe de droite, a déclaré : « L’homosexualité est contre nature, contre la religion et les valeurs culturelles de l’Inde. Cela n’aurait pas dû être autorisé. »

Lors de la dernière séance de la Cour, alors que les groupes musulmans s’abstenaient de faire valoir leurs objections, trois groupes chrétiens ont continué de s’opposer à la décriminalisation de l’homosexualité, mais n’ont pu influencer aucun des cinq juges.

Les mots suivants de la Cour suprême indienne peuvent servir toute l’humanité en ce qui concerne les droits de l’homme. Les juges ont dit :

« On se définit soi-même. C’est la forme glorieuse de l’individualité. … sans identité, le nom ne reste qu’un terme dénotatif. Par conséquent, l’identité est essentielle à l’être humain. La vie lui confère l’honneur et la liberté de vivre, en tant que facette de la vie, l’identité exprime le désir sincère de l’avoir. … et le maintien de l’identité est le filament de la vie. C’est l’équivalent d’écrire son propre scénario de vie où la liberté s’accroît chaque jour. »

« L’identité est équivalente à la divinité », ont-ils déclaré.

 

Article dans sa version originale anglaise ici.

 

Traduction : Laurence B

 

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