Don Cherry avait à la fois raison et tort.

« Vous autres… vous aimez notre mode de vie… » Sept mots prononcés par Don Cherry qui portaient un certain degré de vérité, mais qui ne pouvaient dissimuler son ton raciste, même si la quintessence du nationalisme canadien de 85 ans ne l’avait peut-être jamais voulu de cette façon.

Alors qu’il se remet toujours d’une élection qui a divisé le pays en une mosaïque de régions reflétant chacune des visions contradictoires de notre avenir, les propos de Cherry et son lâche licenciement par Sportsnet effectué le jour du Souvenir laisseront une nouvelle blessure qui irritera davantage les Canadiens provenant de groupes culturels et ethniques concurrents.

Cherry n’a peut-être jamais entendu l’expression « vous autres » dans un contexte raciste auparavant. Cependant, la plupart d’entre nous le connaissons bien, nous qui ont été répertoriés comme « minorités ethniques », puis catégorisés comme « minorités raciales », ce qui a par la suite été changé par « minorités visibles », et maintenant, me dit-on, définis par la néo-gauche comme « visuellement différents ».

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Quant à Cherry, je ne crois pas que son objectif était d’être raciste. C’était le reflet de sa colère face à la tradition mourante de porter un coquelicot jusqu’au jour du Souvenir du 11 novembre de chaque année, cette année étant le 100e anniversaire du jour où les armes se sont tues pendant la Première Guerre mondiale.

La phrase suivante de Cherry était juste et la vérité absolue. Il a dit : « J’habite Mississauga, personne ne porte de coquelicot – très peu de gens en portent. Le centre-ville de Toronto, oubliez ça! Au centre-ville de Toronto, personne ne porte de coquelicot. »

S’il y avait le moindre doute au sujet de l’affirmation de Cherry, elle a été retirée le lendemain soir par Tahir Gora, un radiodiffuseur pakistanais canadien basé à Mississauga. Il a gazouillé ceci : « J’ai assisté à deux événements organisés le 10 novembre en soirée par deux groupes de la diaspora dans lesquels je n’ai pas pu trouver une seule personne portant le coquelicot – je ne

peux pas nommer ces groupes de la diaspora sinon je serais traité de « raciste » par les médias et les politiciens politiquement corrects. Mais Don Cherry fait valoir un point. »

Gora a ajouté : « Il ne s’agit pas de les réduire[les immigrants] à moins que de Canadiens. Il s’agit du sentiment d’appropriation de notre Canada bien-aimé. J’ai rencontré hier soir des douzaines de Canadiens de cette diaspora qui ont immigré au Canada il y a 30 à 40 ans, qui y sont médecins, professeurs et ingénieurs, mais je n’en ai vu aucun avec un coquelicot. »

Lundi, je me suis enveloppé dans un parka et je me suis assis pendant deux heures à l’intersection de la rue du Parlement et de la rue Carlton, au centre-ville de Toronto, où des logements de deux millions de dollars de Cabbagetown accueillent des logements coopératifs et des logements sociaux de Regent Park et des tours d’habitation de la ville St-James.

Mis à part une poignée de cyclistes bravant les vents froids et une poignée d’usagers de la TTC* qui attendaient le tramway, j’ai à peine remarqué que personne ne portait le coquelicot. Des fashionistas aux burqas, des hommes en costumes et manteaux longs aux taxis, le coquelicot avait disparu. Seuls quelques travailleurs à casque jaune semblaient le porter.

Cherry a besoin d’être entendu au lieu d’être congédié; éduqué au lieu d’être harangué. Après tout, il est une icône canadienne que nous aimons tous détester. Il a 85 ans et mérite un peu de respect plutôt que de mépris.

Vinay Menon, du Toronto Star, avait raison : « Ses critiques ont complètement tort. Cherry a fait une terrible erreur samedi soir. Je ne conteste pas que son commentaire sur le coquelicot était dégoûtant. Mais après recul, je ne sais pas non plus comment le Canada gagnera à enterrer un trésor national et, peut-être par inadvertance, à le transformer en cause célèbre qui inspirera de futurs crétins. »

Les vrais méchants et racistes au Canada sont les politiciens responsables de la lente et constante ghettoïsation du Canada avec la promotion de la race, de la religion et du tribalisme comme outils de vote. »

Il y a des villes et des villages en Ontario et en Colombie-Britannique où l’on ne peut être élu que si l’on appartient à une race ou à une religion particulière. Ceux qui nous ont menés aux ghettos sans coquelicots du Canada méritent notre colère, pas Don Cherry qui n’a jamais prétendu être un politicien.

 

* La TTC est l’équivalent de la STM à Toronto.

 

Article dans sa version originale anglaise ici.

 

Traduction : Laurence B

 

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