Bons baisers de Russie.

Un bon indice de la place d’une société dans la communauté des nations est la façon dont elle traite les personnes handicapées et le comportement de ses citoyens à leur égard.

Sur ce point particulier, la Russie postcommuniste a peu de raisons d’être fière.

La scène d’une agente d’immigration russe harcelant une jeune fille autiste préadolescente a été traumatisante à regarder. Incapable de parler, la jeune fille autiste s’est effondrée en larmes, regardant son père pour lui demander de l’aide, à qui on a dit brusquement : « Non, ne viens pas ici! ».

Incapable de se retenir, le père a riposté : « Vous n’êtes pas humains… Vous ne voyez pas qu’elle est terrifiée et a besoin d’aide? » Alors que les gens regardaient cette scène et regardaient l’agente d’immigration d’un air désapprobateur, le père a été autorisé à se joindre à sa fille et à répondre à la question de la femme pendant que l’enfant pleurait, inconsolable.

S’il s’était agi du seul incident de ce genre, il n’aurait pas été admissible dans cette colonne. Mais une semaine dans les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg m’a fait découvrir la nouvelle Russie où les escrocs abondent, où on se fait voler, où les travailleurs du sexe abondent et où les jeans déchirés représentent une jeunesse qui s’intéresse peu aux 30 millions de personnes de la génération de leur arrière-grand-père qui ont donné leur vie pour détruire la SS tueuse de juifs de Hitler et la Wehrmacht de la surface du globe.

Dans un auditorium où une rangée distincte de sièges était réservée aux personnes en fauteuil roulant, j’ai vu des parents non handicapés pousser leurs enfants à occuper les sièges en s’allongeant sur plusieurs sièges, juste pour s’assurer que les personnes handicapées n’auraient pas leur place à côté.

Encore une fois, la scène était épouvantable. C’était peut-être mon erreur après avoir vécu parmi les gens les plus civilisés et les plus dignes qui se respectent sur terre — Joe Canuck. Une société où personne n’a fait pleurer ma fille autiste, et où personne ne manque de respect envers les sans-abri et les moins fortunés.

Lénine et Trotsky, leaders de la Révolution d’Octobre qui a renversé des siècles de domination tsariste oppressive, ont tous deux écrit comment un « homme nouveau » allait émerger en Russie avec des qualités reflétant l’altruisme et le service mutuel, mais l’échec de leurs rêves est aujourd’hui seulement invisible pour cette nouvelle race de marxistes millionnaires qui boivent du champagne et se penchent sur des pronoms neutres en matière d’égalité des genres.

Si un « homme nouveau » et une « femme nouvelle » ont été créés, c’est grâce à Tommy Douglas, John Diefenbaker et Lester B. Pearson, et non à Staline, Brejnev ou Gorbatchev.

Nous, Canadiens, avons peut-être des défauts, mais nous apprenons avec le temps. Nous avons dupé nos hôtes, les Premières Nations, mais nous reconnaissons ces erreurs et avons fait amende honorable. La raison en est que nous n’effaçons pas le passé pour le faire disparaître, même si les incidents nous embarrassent.

Pas les Russes. Ils sont devenus les leaders mondiaux dans l’effacement des faits pour déformer l’histoire. Staline pourrait très bien revendiquer une contrefaçon de brevet contre Photoshop aujourd’hui.

Le 5 mai 1920, Lénine prononça un discours célèbre devant une foule de troupes de l’Armée rouge sur la place Sverdlov à Moscou. Au premier plan, Léon Trotsky. Mais après la mort de Lénine et la prise de pouvoir de l’URSS par le gangster géorgien Staline, la photographie épique de Lénine a été altérée par l’aérographe et l’effacement de l’image de Trotsky, le bolchevique juif d’origine ukrainienne qui fut chassé du pays même qu’il avait contribué à créer.

Aujourd’hui, un crime bien pire contre l’histoire est en train d’être commis.

Il n’est pas fait mention de la lutte héroïque des Russes qui ont été piégés à l’intérieur de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) pendant trois ans, de 1941 à 1944, mais qui ont refusé de se rendre aux armées d’Hitler. Un million de personnes sont mortes pour leur pays, mais aucun mémorial n’existe.

De même, à Moscou, il semble que la Seconde Guerre mondiale n’ait jamais eu lieu en ce qui concerne les jeunes. Tout comme Trotsky a été effacé en 1920, quelqu’un au Kremlin a retouché le passé de la Russie, mais pas pour toujours.

 

Article dans sa version originale anglaise ici.

 

Traduction : Laurence B

 

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