Diviser le Canada en groupes de votes, une tribu à la fois.

La lente et constante ghettoïsation de la scène politique urbaine du Canada s’accélère. On fait la promotion de l’ethnicité, de la religion et du tribalisme comme outils lors des élections d’octobre prochain, au lieu de débattre de visions divergentes sur l’avenir du Canada.

Les commentateurs politiques dans les médias, les chercheurs dans les universités et les politiciens avides de votes sont peut-être devenus insensibles ou aveugles à ce qui se passe, mais le reste du monde et la plupart des immigrants comme moi voient notre démocratie être utilisée pour promouvoir la haine religieuse, la division ethnique et l’extrémisme à l’étranger.

Lundi, un chef du Parti du Congrès de l’opposition indienne, le capitaine Amarinder Singh, ministre en chef du Pendjab, a fustigé le gouvernement libéral Trudeau pour « son soutien explicite et implicite au mouvement khalistanais », exigeant que New Delhi « demande des sanctions de l’ONU contre le Canada si nécessaire ».

Dans une déclaration publiée à New Delhi, M. Singh a déclaré : « Il était plus qu’évident que le Canada avait apporté son soutien aux Khalistanais malgré les protestations de New Delhi ».

Pour comprendre ce dont parle Amarinder Singh, il faut jeter un coup d’œil dans la ville de Brampton, juste au nord-ouest de Toronto, qui est un microcosme de tout ce qui affecte le Canada urbain et comment le Parti libéral fédéral joue un rôle involontaire pour attiser les divisions raciales et religieuses des communautés minoritaires.

Les cinq candidats du Parti libéral dans cette ville sont tous sikhs, le parti fermant ainsi sa porte à la myriade d’autres citoyens qui veulent simplement être Canadiens et qui ne sont pas liés par des liens religieux à un temple, une église ou une mosquée. Cela a amené la communauté hindoue de Brampton à appuyer les conservateurs de l’opposition.

Le rôle de l’identité religieuse et raciale est d’une telle importance que la candidate conservatrice dans Brampton-Est était auparavant identifiée comme Ramona Benson et apparaîtra maintenant comme Ramona Singh sur le bulletin de vote, semblant avoir abandonné son nom de famille plutôt WASP et ajoutant Singh. J’ai demandé à Ramona pourquoi son nom avait changé, mais elle a insisté sur le fait que Singh était son nom de famille depuis le début.

Qu’est devenu le Canada? Qui aurait pu imaginer que le nom « Benson » ou « Jimmy » deviendrait un boulet pour un candidat à une élection fédérale au Canada? C’est triste.

Ailleurs, le 21 juin à Toronto, de nombreux libéraux éminents ont apparu aux côtés d’un groupe appelé « Canadian Muslim Vote », où Justin Trudeau lui-même a laissé entendre que les conservateurs de l’opposition étaient islamophobes et racistes, moment pendant lequel la tribu musulmane partisane du Parti libéral a été reçue sous des tonnerres d’applaudissements.

Même si la ministre Maryam Monsef a lancé durant l’évènement que « Les musulmans font bouger les choses au Canada », les propos de M. Trudeau étaient honteux, tout comme la conduite de sa banque de votes musulmane qui a fait une ovation debout tonitruante à leur beau chef.

Apparemment, l’événement était non partisan. Bien sûr que non. Deux candidats musulmans, Tahir Gora de Mississauga-Malton et Hazar Alsabagh de Mississauga-Erin Mills, n’ont pas été invités, tout comme leur chef Maxime Bernier. Bien que Jagmeet Singh du NPD soit tombé dans le piège et ait accordé à l’événement une légitimité injustifiée, tout comme Lisa Raitt, chef adjointe conservatrice, qui a qualifié de « choquant » le moment où Trudeau a laissé entendre que les conservateurs étaient racistes.

L’organisme Canadian Muslim Vote ? Quelle est la prochaine étape? Imaginez un organisme de vote juif canadien? Que diriez-vous d’un vote catholique ou bouddhiste canadien? Pourquoi pas les hindous aussi? Ne devraient-ils pas eux aussi rallier leurs troupes et se préparer à un affrontement médiéval avec les musulmans dans nos villes pour rivaliser avec l’horreur de la partition de 1947?

Aujourd’hui, le chef du Conseil des imams du Québec, Hassan Guillet, s’est également joint au mouvement libéral à partir de la circonscription de Saint-Léonard-Saint-Michel, à Montréal. Il a déclaré à Postmedia que « la communauté musulmane est aussi importante que la communauté italienne. La démographie a énormément changé. »

Ô Canada, qui te protégera?

 

Article dans sa version originale anglaise ici.

 

Traduction : Laurence B

 

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